Juridique & Fiscal
11 min 28 mai 2026

Bail commercial 3/6/9 : durée, révision (ILC/ILAT), dépôt et renouvellement

Le bail commercial est un statut très protecteur du locataire : durée minimale de 9 ans résiliable tous les 3 ans, révision sur l'indice ILC ou ILAT plafonnée à 10 % par an, droit au renouvellement et indemnité d'éviction. Le guide du bailleur, du Code de commerce à la loi Pinel.

Bail commercial 3/6/9 : durée, révision (ILC/ILAT), dépôt et renouvellement

Le bail commercial, un statut très protecteur

Le bail commercial (articles L.145-1 à L.145-60 du Code de commerce) s'applique à la location d'un local où est exploité un fonds de commerce, artisanal ou industriel par un exploitant immatriculé. C'est un statut largement d'ordre public : de nombreuses clauses contraires sont réputées non écrites. En tant que bailleur, vous ne pouvez pas y déroger librement.

La durée : 9 ans, résiliable tous les 3 ans

On parle de bail « 3/6/9 » :

  • Durée minimale de 9 ans (article L.145-4).
  • Le locataire peut donner congé à la fin de chaque période triennale (3, 6 ou 9 ans), avec un préavis de 6 mois, par acte de commissaire de justice.
  • Un congé anticipé hors triennale n'est possible que pour cause de retraite, invalidité ou décès du preneur.

Pour une activité temporaire, il existe le bail dérogatoire (« bail précaire ») d'une durée maximale de 3 ans (article L.145-5), qui échappe au statut. Au-delà de 3 ans, il bascule automatiquement en bail commercial statutaire.

La révision du loyer : ILC ou ILAT

Le loyer du bail commercial se révise selon un indice trimestriel publié par l'INSEE :

  • l'ILC (Indice des Loyers Commerciaux) pour les activités commerciales et artisanales ;
  • l'ILAT (Indice des Loyers des Activités Tertiaires) pour les bureaux et activités tertiaires.

Deux mécanismes coexistent : l'indexation annuelle (si le bail prévoit une clause d'échelle mobile) et la révision triennale légale (articles L.145-37 à L.145-39). Depuis la loi Pinel (2014), la hausse de loyer qui en résulte est lissée à 10 % maximum par an du loyer acquitté l'année précédente. Si la valeur locative s'est écartée de plus de 25 %, chaque partie peut demander une fixation à la valeur locative (déplafonnement), mais le plafond annuel de 10 % continue de s'appliquer.

Le renouvellement et l'indemnité d'éviction

À l'échéance des 9 ans, le locataire qui justifie d'une exploitation effective de son fonds pendant les 3 dernières années dispose d'un droit au renouvellement. Le bailleur peut refuser, mais il doit alors verser une indemnité d'éviction (article L.145-14) qui répare le préjudice du locataire : valeur du fonds, frais de déménagement et de réinstallation. Ce coût élevé est la principale particularité financière du bail commercial.

Le dépôt de garantie

Le dépôt de garantie n'est pas plafonné par un montant légal. L'article L.145-40 prévoit toutefois que les sommes versées d'avance, même à titre de garantie, portent intérêt au profit du locataire au-delà de deux termes de loyer. En pratique, le dépôt correspond donc le plus souvent à un trimestre de loyer, parfois deux.

La répartition des charges et des travaux

Depuis la loi Pinel, le bail doit comporter un inventaire précis et limitatif des catégories de charges, impôts et travaux, avec leur répartition entre bailleur et locataire (article L.145-40-2). Tout ce qui n'y figure pas reste à la charge du bailleur. Surtout, les grosses réparations de l'article 606 du Code civil (gros murs, toiture, voûtes) ne peuvent pas être mises à la charge du locataire : elles incombent au propriétaire.

Cession du bail et sous-location

  • Cession : le locataire peut librement céder son bail avec son fonds de commerce (article L.145-16) ; une clause interdisant cette cession est réputée non écrite. La cession du seul droit au bail, sans le fonds, peut en revanche être soumise à votre accord.
  • Sous-location : elle est en principe interdite sauf accord du bailleur (article L.145-31), qui doit être appelé à concourir à l'acte.

La clause résolutoire

Le bail prévoit presque toujours une clause résolutoire : en cas de manquement (loyer impayé, défaut d'assurance), le bailleur fait délivrer un commandement par commissaire de justice. Si le locataire ne régularise pas dans le délai d'un mois, le bail est résilié de plein droit (article L.145-41).

Les apports de la loi Pinel

La loi Pinel (2014) a renforcé l'information du locataire commercial :

  • état des lieux d'entrée et de sortie obligatoire (article L.145-40-1) ;
  • inventaire précis et limitatif des charges, impôts et travaux, répartis entre bailleur et locataire (article L.145-40-2) ;
  • droit de préférence du locataire en cas de vente du local (article L.145-46-1).

Questions fréquentes

Le bailleur peut-il donner congé tous les 3 ans comme le locataire ? Non. La faculté de résilier à chaque période triennale est réservée au locataire. Le bailleur est en principe tenu jusqu'au terme des 9 ans, sauf cas particuliers prévus par la loi (comme la reprise pour construire ou surélever).

Que se passe-t-il si je ne donne pas congé à l'échéance ? À défaut de congé six mois avant l'échéance, le bail se poursuit par tacite prolongation au-delà de 9 ans, et le locataire peut demander le renouvellement à tout moment.

Le bail commercial est un engagement long et encadré : faites-le rédiger avec soin, en particulier la répartition des charges et la clause d'indexation.

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